Rwanda : une libération mal placée (02.07.08)

Rwanda

La dictature de Kigali organise, le 4 Juillet, « la fête de la  libération ».Cet événement  est, hélas, une tentative maladroite du pouvoir de relier la conquête sanglante de ce pouvoir et les crimes abominables sur lesquels il est assis et pour lesquels il est poursuivi par les justices européennes.

De manière éhontée et amorale, la dictature exploite, sur plan politique, judiciaire et diplomatique les crimes à sa charge et les crimes à charge des anciens dirigeants hutus.

Car après des mois de deuil, ce pouvoir enchaîne avec la fièvre de belles parades Tout cela n’a pas l’heur de bien plaire à tout le monde : victimes et bourreaux. Excepté les héros d’une marche de libération mal placée!

En outre, l’événement démontre  que les autorités sont passées complètement à côté  de l’humeur du public. Surtout quand on sait que la majorité de  Rwandais étaient très sceptiques à l’égard d’une guerre d’agression que des  inconscients politiques et à  la naïveté coupable  ont vite conduit dans les tranchées d’une guerre civile. Car ce que ces Rwandais voulaient et veulent encore, ce sont des réponses à des questions difficiles  et qui fâchent. Pas de belles parades ! Il est tout à fait normal et légitime qu’un pouvoir célèbre ses prouesses militaires  et organise  une cérémonie à la mémoire des héros tombés  sur le Champs de Mars et des victimes civiles d’une «  guerre de libération ».

Il est parfaitement légitime de rendre hommage  aux sacrifices consentis par les soldats ou plus prosaïquement, par les « maquisards » ou les  « guérilleros ». Ce qui est gênant et troublant  dans tout cela, en revanche, c’est que la dictature de Paul Kagamé  mélange les genres. D’ une part, il y a une  nécrologie qui endeuille et accable  tout un pays qui roule sous les bottes d’une armée accusée de crimes contre l’humanité et, d’ autre part, une politique d’ exclusion incapable de réconcilier le Rwanda avec lui-même. Un Peuple qui ne se retrouve pas dans la douleur, peut-il se sentir convivial autour de la fête anniversaire de sa libération ? La cérémonie a, apparemment, pour but d’inscrire ce lien spécieux dans l’imaginaire des Rwandais

Sur cette libération qui n’est qu’un gâchis total humain, le message est unique. Il est chauvin. Il est particulièrement déplacé dans le cadre d’  une cérémonie nationale du souvenir. Le Front Patriotique Rwandais et ses alliés ont entraîné le Rwanda dans une guerre en brandissant de faux  arguments qui ont sans cesse changé et dont l’absence de fondements a été suffisamment démontrée. On a donc ce sentiment que le projet subtil des anciens guérilleros devenus des hommes et femmes politiques et d’Etat, qui mêle deuil et festivités avec un message trompeur, a été conçu par des conseillers  un peu trop malins et malfaisants.

En organisant ce genre de festivités, les autorités donnent l’impression que le régime n’est pas d’ humeur aussi grave que l’opinion publique. Il faut surveiller ce qui se passe à Kigali. Car si, à travers les liesses populaires, les crimes, instrument du pouvoir, se banalisent, la dictature continuera à évoluer dans un sens négatif vers une tyrannie encore beaucoup plus chauviniste. C’est une chose qu’il fait craindre, mais qu’on observe déjà. La dictature est trop fière d’avoir honte de ses victoires. Et face à la « fête de la  libération », le peuple doit être gêné aux entournures.

Alphonse Bazigira
Journaliste politique
Le 02/7/2008

 

 


 

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