Rwanda : Observateurs français et espagnols bloqués dans leurs pays (27.08.08)
(RNA/ARI - Kigali- 25 Août 2008) Déo Mungongo / Kigali
Trois observateurs européens faisant partie du groupe de vingt observateurs long terme de la Mission d'observation électorale de l'Union européenne pour les législatives programmées au Rwanda du 15 au 18 septembre de cette année sont bloqués en Europe. Il s'agit des français Olivier Neola et Emmanuel Geny, et de l'espagnole Maria Del Mar Bermudez dont les visas ne sont pas encore octroyés par le Rwanda.
«Maintenant l'équipe des observateurs long terme compte seulement 17 personnes. Les trois observateurs attendent toujours leurs visas», a déclaré à Grands Lacs Hebdo Mathias Eick, chargé des relations avec les médias à la Mission d'observation électorale de l'Union européenne.
Les spéculations vont bon train
A Kigali, les spéculations sur les motifs du retard dans l'octroi des visas à ces trois observateurs vont bon train. D'aucuns établissent d'ores et déjà un lien entre ce retard et la saga diplomatique et judicaire entre le Rwanda et leurs pays d'origine.
«Pourquoi français et espagnols sont-ils les seuls à être victimes de ce retard ? Pourquoi pas d'autres nationalités ? N'y aurait-il pas anguille sous roche ?», se demande-t-on.
Interrogé là-dessus, Anaclet Kalibata qui dirige la Direction Générale d'immigration et émigration a indiqué à Grands Lacs Hebdo que son département peut avoir accusé un léger retard dans l'octroi de ces visas mais ça n'a rien à voir avec les nationalités de ces trois observateurs.
«Des décisions pour l'attribution des visas sont prises au cas par cas. Elles ne sont pas prises en fonction des pays d'origine des demandeurs», a indiqué Monsieur Anaclet Kalibata.
Et d'ajouter : «Il y a aussi beaucoup de ressortissants français et espagnols au Rwanda à l'heure actuelle. Ceci dit, il n'y a pas lieu de dire que les visas sont refusés à ces observateurs parce qu'ils sont français ou espagnols», a-t-il ajouté.
Les accrédités seront observateurs
Les torchons brûlent entre Kigali et l'Elysée depuis novembre 2006 après que le juge français Jean-Louis Bruguière ait émis des mandats d'arrêt contre neuf officiers rwandais pour leur rôle présumé dans l'attentat contre l'avion du Président Habyarimana considéré comme l'élément physique déclencheur du génocide.
Une année après le coup de tonnerre provoqué par le juge parisien, est sorti l'ordonnance judicaire du juge Fernando Andreu Merelles de l'Audiencia Nacional [la plus haute instance ibérique] contre 40 hauts gradés de l'armée rwandaise pour assassinat de neuf expatriés espagnols[missionnaires et coopérants] et extermination des populations civiles en grande échelle[4 millions de morts, un nombre effroyable qu'on attendant pour la première fois] entre 1990 et 2001 au Rwanda et au Congo (ex-Zaïre). Dans ses attendus, le juge espagnol a retenu «génocide, crimes contre l'humanité et terrorisme » comme chefs d'accusation.
Dans leurs actes d'accusation, les deux juges désignent le Chef de l'Etat rwandais comme principal décisionnaire de l'attentat du 06 avril 1994 contre son prédécesseur qui mit le feu aux poudres et ont recommandé sa poursuite devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda étant donné l'immunité que les pays occidentaux accordent aux Chefs d'Etat en exercice.
Dans sa dernière conférence de presse mensuelle, le Président rwandais a dit que les mandats d'arrêt français et espagnols n'empêchent pas aux ressortissants de ces deux pays qui ont reçu l'accréditation d'observer les élections. Il a toutefois tenu à dire que s'il était établi que tel ou tel individu est derrière cette entreprise de nuisance du Rwanda, il pourrait se voir refuser l'accréditation.
Observateurs français en zone Turquoise
Les observateurs long terme de l'Union Européenne ont commencé à être déployé dans les provinces du Rwanda à partir du 01 août. Ironie de l'histoire, les deux observateurs français allaient être déployés dans les provinces qui faisaient partie de la Zone Humanitaire Sûre (ZHS) mise en place par l'opération Turquoise, une opération militaro-humanitaire controversée lancée par la France en plein génocide avec l'aval de l'ONU
«Tous les observateurs ont été déployés dans les secteurs qui leur ont été prévus comme membres d'une mission d'observation qui a un mémorandum d'entente avec le gouvernement rwandais, pas en fonction d'une autre considération », a déclaré Mathias Eick«Tous les observateurs ont été déployés dans les secteurs qui leur ont été prévus comme membres d'une mission d'observation qui a un mémorandum d'entente avec le gouvernement rwandais, pas en fonction d'une autre considération », a déclaré Mathias Eick.
Olivier Noela et Emmanuel Geny allaient être déployés respectivement dans les provinces de l'ouest et du Sud. Cet espace couvre les anciennes provinces de Kibuye, Cyangugu et Gikongoro qui faisaient partie de la zone Turquoise.
Le Rapport de la Commission rwandaise sur le rôle de la France dans le génocide accessible au public depuis le 05 août dernier affirme que les ex-FAR et les Interahamwe qui furent le fer de lance du génocide ont continué à opérer contre les Tutsi en toute quiétude dans la fameuse Zone Humanitaire Sûre avec la complaisance et la complicité des soldats français de l'opération Turquoise.
Ce rapport accuse le Colonel Jacques Rosier, chef de la première phase du déploiement de l'opération Turquoise d'avoir délibérément sacrifié les survivants de Bisesero en sachant qu'ils étaient en train de se faire massacrer de façon intensive entre le 27 et le 30 juin 1994. A peu près 50.000 Tutsi furent massacrés dans les hauteurs de Bisesero après avoir mené une résistance désespérée contre les forces génocidaires.
« L'armée française, force occupante, est responsable ultime des tueries commises dans sa «Zone Humanitaire Sûre », indique le Rapport qui affirme par ailleurs que la ZHS a servi de couloir d'évacuation des forces génocidaires pour leur empêcher une débâcle totale face à l'avancée du FPR (Front Patriotique Rwandais, au pouvoir à Kigali) qui a mis fin aux tueries.
D'aucuns redoutaient que la sortie du Rapport de la Commission rwandaise ne torpillent les efforts en cours pour la reprise des relations bilatérales entre les deux capitales, mais toutes les parties jouent pour le moment à l'accalmie. Avant la sortie de ce Rapport, le Quai d'Orsay avait déjà envoyé deux missions exploratoires au Rwanda et Kigali a en avait envoyé une en France.
La diplomatie française dit que sa "détermination de construire une nouvelle relation avec le Rwanda, au-delà de ce passé difficile, reste intacte". Pour sa part, Rosemary Museminari qui dirige la diplomatie rwandaise croit savoir que le Rapport Mucyo va servir de base de dialogue dans les efforts en cours pour la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays.
Dirigée par Michael Cashman, membre britannique du parlement européen, la Mission de l'Union européenne compte 80 observateurs, le plus gros contingent d'observateurs internationaux pour les législatives de 2008.
Michael Cashman est assisté dans sa tâche par l'équipe cadre, constituée de huit experts électoraux. Ils ont été ensuite rejoints par 17 observateurs long terme[au lieu de 20 initialement prévus, trois n'ayant pas obtenu les visas à temps] déployés à partir du 1er août dans les provinces du Rwanda. Cinquante observateurs court terme seront également déployés quelques jours avant les élections. Une délégation de représentants du Parlement européen rejoindra la mission d'observation peu de temps avant les élections
Il est prévu que le chef de la mission d'observation présente une déclaration préliminaire dans les 48 heures suivant la clôture du scrutin. Un rapport final complet et détaillé sera présenté environ un mois plus tardIl est prévu que le chef de la mission d'observation présente une déclaration préliminaire dans les 48 heures suivant la clôture du scrutin. Un rapport final complet et détaillé sera présenté environ un mois plus tard
Vous pouvez à tout moment réagir, s'exprimer et/ou commenter un article sur Rwasta.net ou ailleurs. Cliquer ici
NB : Si c'est un article sur un autre site, il suffit de marquer le lien, cliquer ici
