Rwanda: au secours d’une église en désarroi (08.07.08)
Depuis bientôt deux décennies, l’Eglise catholique au Rwanda vit une période difficile de son histoire. En effet depuis l’attaque du FPR de 1990, cette église n’a cessé d’être l’objet de tracasseries de la part de différentes autorités locales.
Sitôt après le déclenchement de la guerre par le FPR, une partie du personnel ecclésiastique a été accusée par le gouvernement d’être complice du FPR qu’on qualifiait alors de rébellion. Personne n’a mené des investigations pour savoir le bien-fondé de ces accusations. Pourtant, on a vu quelques ouvriers apostoliques mis en prison, sur base, à quelques exceptions près, de leur appartenance ethnique. Le FPR ne cessait d’interpeller l’opinion internationale à leur faveur. Certains ont été heureusement libérés mais intérieurement cassés.
Pendant le génocide, bon nombre d’ouvriers apostoliques ont été systématiquement assassinés par des groupes armés. Des tutsi et quelques hutu ont été massacrés par les extrémistes hutu les accusant de servir de relais pour la pénétration de l’ennemi (FPR) à l’intérieur du pays. En guise de revanche contre ces éliminations perpétrées dans le camp gouvernemental, le FPR procéda à la liquidation secrète (loin des caméras) du clergé de Byumba. Aucun media n’en a parlé; alors qu’on ne cessait de dénoncer, le pape en tête, les exactions du MRND et compagnie.
Le FPR a poussé son audace plus loin : il a décapité l’Eglise Catholique: quatre évêques rwandais, un évêque congolais, sinon deux, et d’autres ouvriers apostoliques sont tombés sous ses bons soins notamment dans Gitarama et au Congo. Sans doute qu’il voulait créer beaucoup de vides pour ne pas devoir affronter une église dont le gros des leaders ne partageraient pas ses opinions sur sa libération du Rwanda et de la zone des Grands Lacs.
Après 1994, on a enregistré bien d’emprisonnements et de condamnations sommaires de sœurs, de frères et de prêtres appartenant à une seule ethnie. L’on peut se demander si les crimes retenus par l’actuel pouvoir au Rwanda sont congénitaux à une ethnie. Des crimes qui sélectionnent leurs victimes ! Il n’y a que des hutu qui soient accusés de propager l’idéologie du génocide, d’être négativistes et j’en passe. Les autres sont de sains citoyens !!…
La politique de réconciliation prônée au Rwanda ne pourra pas être réalisée sans l’aval d’une autorité morale solide. Or, le gouvernement actuel semble être en conflit à peine voilé avec l’Eglise Catholique. Pour preuves, les absences remarquées ou mitigées des autorités dans les grandes cérémonies catholiques ; le sentiment d’insécurité vécu par un bon nombre d’ouvriers apostoliques. Tous ces prêtres qui fuient le Rwanda ne sont pas de grands criminels que rechercherait la justice internationale. Ce n’est pas de gaité de cœur qu’on quitte les siens pour aller déambuler ailleurs. Leurs départs du pays témoignent d’un manque de liberté et de sécurité, pourtant tant exaltées par le Gouvernement. Ils sont la conséquence d’un grand malaise dans le pays. Les simples gens qui ont toujours confiance dans les hommes d’Eglise en sont déstabilisés.
Des récentes arrestations et emprisonnements d’ouvriers apostoliques au Rwanda ne sont pas de nature à tranquilliser cette population. Ils produisent l’effet de la terreur qui ne ménage même pas le sacré.
S’il est vrai que chaque homme, ou chaque institution, se reconnait à ses actes, les Autorités du Rwanda devraient se demander honnêtement de quel crédit elles bénéficient encore auprès de la population. Qu’elles réévaluent leur collaboration avec l’Eglise, catholique surtout, pour se faire une idée de leur note de crédibilité. Une autorité qui ne respecte pas les leaders religieux de son peuple est vouée, tôt ou tard, à la déchéance. Une bonne collaboration se reconnait à travers de bonnes concertations pour résoudre des problèmes épineux. Or, au Rwanda, on ne cesse de parler de scandales, supposés ou pas, des ouvriers apostoliques. On en fait tellement de publicité comme s’ils étaient utiles pour redresser moralement tout le pays. On n’est pas si dupe en voyant tout ce qui se fait contre le personnel de l’Eglise: cette publicité ne vise qu’à discréditer, autant que possible, l’Eglise Catholique qui semble gênante. Cette église resterait dans le pays la seule force qui pourrait servir de parapluie ou de micro à la contestation. Elle est coupable de ne pas être assez maniable, surtout dans ses structures d’organisation, comme les églises protestantes. Alors, il faut l’attaquer dans ses membres pour affaiblir son influence dans la population ou, au moins, intimider ceux qui se montrent plus proches des gens et partagent leurs aspirations. Rien ne justifie qu’il y ait tant de prêtres ou sœurs emprisonnés au Rwanda, car tout le monde sait que ces consacrés ne sont pas les pires citoyens du pays. Finalement, l’opinion générale, n’étant pas convaincue de leur culpabilité officialisée sous les dehors de rigueur de l’appareil judiciaire au Rwanda, les considère comme des martyrs du mensonge de l’Etat.
Ainsi, les cris des Murwanashyaka Alois (Kibungo), Sentarure Eduardo (Byumba), Sekamana Denis (Butare), Uwizeyeyezu JMV (Gikongoro), Munyaburanga Francesco (Butare), Ndagijimana Laurent (Gitarama), Ndagijimana Joseph (Gitarama), Mategeko Aimé (cyangugu), Ntimugura Laurent (Cyangugu), Srs Joséphine et Pauline, Sr Théopista Mukarubibi et autres finiront par discréditer le Gouvernement rwandais qui mène une campagne sournoise contre l’Eglise Catholique.
On regrette que des catholiques, tant laïcs que religieux, collaborent encore, à divers niveaux, dans la solidification des structures qui paralysent l’action de leur église ou visent sa sujétion. Certains interviennent dans la mise en place des lois, des règlements et des programmes socio-politiques visiblement au profit d’un groupe ethnico-social, d’autres interviennent dans leur application, d’autres deviennent des spécialistes du mensonge et des coups bas, d’autres couvrent ces coups, etc…
Il est temps que chaque chrétien rwandais, surtout les responsables, se réexamine et voit s’il est encore digne de continuer à porter le nom de chrétien au regard de ce qu’il fait.
Le jour viendra où chacun devra répondre de son silence ou de sa complicité au mal qui se fait contre l’Eglise au Rwanda.
Carla Magaña
(reçu par email le 20/06/2008)
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