Kigali (Kimironko) - Un témoin à un procès Gacaca condamné à 19 ans de prison ferme, en l’absence de l’accusé (04.08.07)

Vianney Mugiraneza, témoin au procès pour génocide d’un certain Munyamasizi, a été condamné le 25 juillet dernier à 19 ans de prison ferme pour génocide, alors qu’il comparaissait pour la première fois en tant que témoin devant la juridiction Gacaca siégeant à Kimironko, une localité de la Ville de Kigali. L’accusé, jugé en son absence, a été condamné à la même peine. Mugiraneza Vianney a été directement écroué à la prison de Kimironko, située dans la même localité. 

Le siège n’a accordé à Mugiraneza aucune possibilité de s’expliquer sur les brusques accusations dont il a été accablé. Le jugement s’est fondé sur les déclarations d’un seul témoin à charge, un prisonnier également accusé de génocide. Curieusement, constatant l’absence de Munyamasizi, dont Mugiraneza était accusé d’être le complice, le siège avait fait mine d’ajourner l’affaire, avant d’appeler l’affaire de celui qui s’avérait être l’unique témoin à charge dans l’affaire précédente. Mugiraneza Vianney a immédiatement fait appel de ce jugement.  

Les proches de Mugiraneza Vianney se sont effondrés en apprenant sa condamnation. Pendant le génocide, au moment où il est accusé d’avoir participer à des meurtres, il se cachait pour échapper lui-même à la mort, en compagnie de son épouse et de ses enfants. Mugiraneza n’avait jamais fait l’objet d’aucune accusation depuis la fin de la guerre jusqu’à sa fatale comparution en tant que témoin. Ainsi, un innocent se retrouve en prison, pendant qu’un coupable, partie aux machinations concoctées par les juges, se retrouve en liberté. 

Les proches de Mugiraneza sont convaincus qu’il a été victime d’une machination. Les juridictions Gacaca sont réputés manipulées pour régler leur comptes à certains Rwandais, pour des raisons diverses, allant de la répression politique à la spoliation de biens en passant par le bannissement social et les règlements de comptes orchestrés par certains rescapés du génocide. Ces juridictions n’ont pas été créées pour juger les auteurs d’actes de génocide commis par les membres du Front patriotique rwandais, FPR ou de sa branche armée, l’Armée patriotique rwandaise, APR, devenue aujourd’hui l’armée gouvernementale. 

Créées par la loi organique nº16/2004 du 19 juin 2004 portant organisation, fonctionnement et compétence des Juridictions Gacaca, officiellement pour désengorger les prisons rwandaises qui comptaient alors 120.000 détenus en attente de jugement et généralement sans dossier, ces juridictions ont aggravé le problème.  

Ainsi, deux années de fonctionnement, ces juridictions ont fabriqué près d’un million de Rwandais inscrits sur les listes des personnes devant répondre d’accusations de génocide relevant de leurs compétences. Les juges dont l’élection est orchestrée par le pouvoir n’ont généralement aucune formation alors qu’ils peuvent infliger de très lourdes peines. 

Plusieurs milliers de Rwandais préfèrent prendre le chemin de l’exil au lieu de subir l’arbitraire et la discrimination qui caractérisent les juges, les témoins à charge et la procédure, dans ces juridictions. Elles apparaissent de plus en plus comme des instruments destinés à infliger une mort lente mais sûre aux membres de l’élite issue d’une large section de la société rwandaise, contribuant ainsi à creuser le fossé qui sépare ses composantes, alors que leur but proclamé et sur lequel se fondent tous les bailleurs de fonds étrangers qui les financent, est de promouvoir la réconciliation nationale.

 

 


 

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