Bagosora, Colonel Bagosora, Théoneste Bagosora (19.12.08)

Bagosora, Théoneste Bagosora

Bagosora, du militaire brillant au "cerveau" présumé du génocide de 1994, voici un bref aperçu de la carrière de Bagosora

Le colonel Théoneste Bagosora, présenté par le procureur du TPIR comme le "cerveau" du génocide de 1994 au Rwanda, a mené une brillante carrière militaire jusqu'aux massacres et figurait parmi les proches collaborateurs du président de l'époque, Juvénal Habyarimana.

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), basé à Arusha dans le nord-est de la Tanzanie a condamné jeudi Bagosora à la prison à vie, et deux autres responsables militaires de l'époque. Le TPIR a par ailleurs acquitté une autre haut gradé de l'époque, le général Kabiligi.

Né le 16 août 1941 dans un village de Giciye, dans la province de Gisenyi (nord-ouest du Rwanda), issu d'une famille chrétienne, Bagosora, l'ancien directeur de cabinet au ministère rwandais de la Défense, fut d'abord enfant de choeur dans sa paroisse, avant d'embrasser une carrière militaire et de gagner ses galons.

En 1956, le jeune Bagosora entre au petit séminaire catholique de Nyundo, dans sa région, dont il sort, six ans plus tard, pour rejoindre directement l'Ecole des officiers (EO), la future prestigieuse Ecole supérieure militaire (ESM) de Kigali.

En 1964, le matricule 0017 Bagosora est sous-lieutenant et signe son premier fait d'armes deux ans plus tard: le 30 octobre 1966, alors qu'il commande dans la région du Bugesera (est) une compagnie dépendant directement de l'état-major, le jeune officier hutu Bagosora repousse une attaque d'exilés tutsi rwandais venus du Burundi voisin.

"Nous les avons combattus, nous les avons refoulés", racontera-t-il fièrement devant le TPIR en 2005.

Une année après ce baptême de feu, Bagosora voit naître sa fille aînée, qui aura pour marraine Agathe Kanziga, l'épouse de Juvénal Habyarimana, futur président de la République. Un lien de plus entre les deux hommes originaires de la même région.

Habyarimana comptera sur cette amitié lors du coup d'Etat du 5 juillet 1973 contre le président civil Grégoire Kayibanda, dans lequel l'unité commandée par Bagosora prendra un rôle actif à Kigali et qui le porte au pouvoir.

Après une formation à l'Ecole supérieure de guerre inter-armées à Paris en 1981, Bagosora occupera plusieurs fonctions au ministère de la Défense ou dans le commandement de l'armée.

Le 1er octobre 1990, lorsque les rebelles tutsi du Front patriotique rwandais (FPR) envahissent le Rwanda, le colonel Bagosora est commandant du camp Kanombe, la plus importante garnison du pays, qui est située dans la zone de l'aéroport de Kigali.

Contrairement à 1966, Bagosora ne sera pas directement impliqué dans le conflit armé. Son combat se situera sur le front diplomatique des négociations avec le FPR.

En 1993, dans la ville tanzanienne d'Arusha où se déroulent les pourparlers et qui deviendra une année plus tard le siège du TPIR, Bagosora est en conflit permanent avec son chef de délégation, le ministre des Affaires étrangères Boniface Ngurinzira, un opposant à qui il reproche de faire trop de concessions aux rebelles. Ce dernier sera assassiné le 11 avril 1994 par des militaires.

Selon l'acte d'accusation du TPIR, Bagosora, directeur de cabinet du ministre de la Défense, claque la porte en annonçant retourner dans son pays "préparer l'apocalypse", c'est-à-dire le génocide de 1994.

L'accusé, qui refuse de qualifier de génocide les événements de 1994 au Rwanda, qui ont fait, selon l'ONU, environ 800.000 morts, essentiellement des Tutsi, nie avoir jamais prononcé ces paroles.

Bagosora fuit le Rwanda en juillet 1994 face à l'avancée décisive du FPR (actuellement au pouvoir à Kigali) et est arrêté au Cameroun en mars 1996, avant de revenir en janvier 1997 à Arusha, en prison.

Bagosora a été acquitté pour le crime d'entente en vue de commettre le genocide. La Chambre du Tpir n'est pas convaincue que le Procureur a établi au-delà du doute raisonnable que les quatre accusés se sont entendus entre eux, ou avec d'autres, pour commettre le génocide avant qu'il ne s'étende à partir du 7 avril 1994

L'avocat de Bagosora a dit qu'il fera appel de la décision.

 

 

 

 


 

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