Génocide rwandais ? Pourquoi dire "génocide rwandais" ? (28.01.11)

Génocide rwandais, pourquoi le génocide rwandais

L'appellation de "génocide rwandais" a l’avantage de rendre compte de la réalité des faits qui se sont déroulés au Rwanda entre le 1er octobre 1990 et fin décembre 1994, mieux que l’expression "double génocide" ou "génocide des Tutsi planifié par les Hutu".

POURQUOI DIRE "GÉNOCIDE RWANDAIS"?

Après que la Chambre de première instance du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a soutenu qu’il n’y a pas eu, entre Théoneste Bagosora et ses coaccusés hauts gradés de l’ancienne armée rwandaise, une entente en vue d’exterminer les Tutsi en 1994[1], la thèse du “génocide des Tutsi planifié par les Hutu” a volé définitivement en éclats. Cependant, cela ne signifie pas qu’on doive nier qu’il y a eu génocide au Rwanda ou que plusieurs milliers de Tutsi n’en ont pas été victimes.

Se rendant compte d’une part de l’extermination des Tutsi par les Hutu dans les villes et sur les collines du Rwanda, d’autre part de l’élimination systématique des milliers de Hutu par l’armée patriotique rwandaise (APR) et les membres du Front patriotique rwandais (FPR) sous les ordres du général Paul Kagame, actuel président du Rwanda, plusieurs auteurs et chercheurs parlent désormais de “génocide rwandais”.

Mieux que l’expression “double génocide” ou “génocide des Tutsi planifié par les Hutu”, cette appellation de “génocide rwandais” a l’avantage de rendre compte de la réalité des faits qui se sont déroulés au Rwanda entre le 1er octobre 1990 et fin décembre 1994 avec comme pic la période d’avril à juillet 1994.

À l’époque où les dirigeants politiques et militaires du FPR poussaient le monde à accepter vite l’existence du génocide au Rwanda car ils comptaient l’utiliser pour légitimer leur prise de pouvoir par la force des armes dans ce pays depuis le 17 juillet 1994, ils ont soutenu que ce génocide a débuté le 1er octobre 1990. De ce fait, ils ont affirmé eux-mêmes qu’ils sont responsables du déclenchement de ce crime car avant les coups de canons de ce 1er octobre 1990, le peuple rwandais vivait dans la paix. Les premières victimes de ce génocide furent les Hutu trouvés au poste frontalier de Kagitumba, en face de l’Ouganda d’où sont venus les milliers d’assaillants APR/FPR. Depuis cette date, ils ont ciblé et éliminé de façon systématique les Hutu. Dans les zones qu’ils ont progressivement conquises, ils les ont rassemblés par centaines dans les écoles, sur les terrains de jeux, les ont entassés dans des maisons d’habitations et les ont ensuite sauvagement tués souvent après les avoir torturés et, dans le cas de femmes, après les avoir violées.

Les documents crédibles[2] montrent que ces agissements procédaient d’un plan d’exterminer en tout ou en partie les Hutu, ethnie majoritaire au Rwanda dont les leaders politiques ont mis fin au régime monarchique tutsi. C’était lors de la révolution de 1959. La guerre elle-même fait partie de ce plan d’extermination de membres du groupe ethnique hutu. Constatant que contrairement à leurs prévisions d’une guerre-éclair, ils ont rencontré la résistance du peuple rwandais, de l’armée nationale et du président de la République, Juvénal Habyarimana, ils décidèrent de passer à la solution finale, ce que Paul Kagame a appelé “cataclysme”, le 2 avril 1994, lors de son entretien à Mulindi avec le général canadien Roméo Dallaire, commandant de la force onusienne au Rwanda (MINUAR): “J’ai regardé son visage. Jamais, je ne l’avais vu aussi sombre. Il a seulement ajouté que nous étions à la veille d’un cataclysme et qu’une fois enclenché, aucun moyen ne permettrait de le contrôler[3].

Le général Paul Kagame et son APR/FPR ont opté pour cette solution finale malgré la mise en garde de la CIA qui lui a indiqué que s’il assassinait le président Habyarimana et reprenait la guerre un demi million de personnes risquaient de mourir. Mis au courant de cette solution finale, les Tutsi de l’intérieur membres influents du FPR ou ayant leurs enfants au sein de l’APR ont tenté sans succès de dissuader Kagame de commettre l’irréparable. Ils lui disaient que les Tutsi seraient inévitablement parmi les victimes. Mais ces Tutsi ne comptaient pas pour lui. Il affirmait: “Au Rwanda il n’y a pas de vrais Tutsi, et même ceux qui s’y trouvent sont des gourmands valets du régime Habyarimana. Il disait d’eux qu’ils étaient des Tutsi de par leurs nez effilés mais étaient des Hutu dans leurs cœurs[4].

Par ce témoignage, on comprend qu’en ordonnant le déclenchement du cataclysme, le général Kagame visait les Hutu. Il fallait absolument les exterminer même si dans cette horreur les Tutsi de l’intérieur devaient également périr. Ce qui fut fait : l’extermination des Hutu par l’APR/FPR sous les ordres du général Paul Kagame déclencha les massacres à grande échelle contre les Tutsi. En avril-juillet 1994, le génocide planifié par Kagame et ses collaborateurs militaires et politiques emporta ainsi à la fois des milliers de Hutu et de Tutsi. Qu’ils aient été tués par les hordes meurtrières de l’APR/FPR ou par les milices hutues qui se sont attaquées aux Tutsi parce qu’ils étaient membres du groupe ethnique tutsi, tous ont été exterminés dans le cadre d’un même génocide planifié et déclenché par Paul Kagame. Tous étaient membres d’un même groupe national rwandais de l’intérieur du Rwanda. Voilà pourquoi il est juste de parler de génocide rwandais pour désigner les massacres à grande échelle survenus au Rwanda en 1994.

Le FPR et ses alliés ont parlé uniquement des victimes Tutsi. Ils sont même parvenus à imposer à l’ONU la thèse du “génocide des Tutsi planifié par les Hutu”. Les jugements rendus par le TPIR montrent que cette thèse n’a plus de raison d’être. Les travaux d’Edward S. Herman et David Peterson[5] réduisent à néant la propagande du FPR et de ses sponsors. Ces chercheurs posent cette question et y répondent: “Et si nous n’avions rien compris aux massacres qui ont ravagé le Rwanda ? Il ne serait pas agi d’un génocide des Tutsis par le Hutu Power, mais d’une guerre secrète des Etats Unis ayant couté la vie tout autant à des Hutus qu’à des Tutsis. Au centre de ce jeu sanglant: l’impénétrable Paul Kagamé”. Ils concluent par des chiffres qui contredisent toutes les spéculations mensongères avancées jusqu’à ce jour par le régime dictatorial de Paul Kagame :

Selon le recensement national officiel de 1991, peu avant le génocide la population du Rwanda était composée à 91% de Hutus, à 8,4% de Tutsis, à 0,4% de Twa et à 0,1% de représentants d’autres groupes ethniques. De sorte que sur un total de 7 099 844 habitants en 1991, la minorité tutsie ne représentait au Rwanda que 596 387 personnes, pour une population hutue de 6 467 958 habitants. En outre [] l’organisation IBUKA des survivants tutsis du génocide estime à environ 300 000 le nombre de Tutsis ayant survécu aux massacres de 1994. Ce qui signifie que «sur 800 000 à un million de victimes supposées du génocide, plus de la moitié étaient Hutus». Et il semble même extrêmement probable que ce soit largement plus de la moitié des personnes massacrées au Rwanda entre avril et juillet 1994, qui étaient en réalité des Hutus”.

 

 



[1] Jugement du 18/12/2008.

 

[2] Il y a lieu de consulter par exemple les numéros du journal Impuruza animé alors par les idéologues du FPR tels que les professeurs Alexandre Kimenyi (États Unis) et José Kagabo (France). Leurs articles révèlent suffisamment le plan d’attaquer le Rwanda et d’exterminer les Hutu de ce pays. Pour plus de données sur ce plan, consulter notamment le récent document sur “Tingi-Tingi ou le sommet de l’horreur de Kagame” paru le 23/01/2011 sur www.rwasta.net

 

[3] Roméo Dallaire. J’ai serré du diable. La faillite de l’humanitaire au Rwanda. Québec, Editions Libre expression, 2003.

 

[4] Abdul J. Ruzibiza, ancien officier de l’APR/FPR. Interview à la BBC, le 2 mai 2004.

 

[5] Deux chercheurs américains dont une partie de leur analyse et conclusion est disponible depuis janvier 2011 notamment sur www.france-rwanda.info et www.editions-sources-du-nil.over-blog.com

 

 

 


 

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