Mission d'information sur le Rwanda
Assemblée Nationale - France
La mission d'information sur le Rwanda de l'Assemblée Nationale française doit très prochainement rendre public son rapport. Voici, en avant première, quelques extraits des auditions publiques qui ont pu avoir lieu.
Extraits du compte-rendu de laudition de
M. Bernard
DEBRE,
Ministre de la Coopération (novembre 1994 - mai 1995)
Mardi 2 juin 1998
M. Bernard Debré a souligné quil avait été nommé Ministre de la Coopération après lopération Turquoise, en novembre 1994 mais que sa passion pour lAfrique était plus ancienne et quil était allé souvent dans la région des Grands Lacs, tantôt comme médecin, tantôt comme parlementaire. M. Bernard Debré a signalé quil se trouvait en janvier 1994 au Rwanda où il avait rencontré le Président Juvénal Habyarimana et ses conseillers, ainsi que les représentants du FPR installés à Kigali. Il a indiqué quil était allé à Goma, dans les camps de réfugiés, et que, pendant lopération Turquoise, il sétait rendu à Cyangugu et Kibuye où il avait rencontré des collègues chirurgiens sénégalais, dont lun avait été son élève.
M. Bernard Debré a précisé quaprès sa nomination comme Ministre de la Coopération, il avait rencontré à Paris une délégation du gouvernement du Rwanda, conduite par le Ministre de la Santé du FPR, ainsi que, par la suite, le Président Pasteur Bizimungu et ses conseillers.
Il a souligné quen tant que Ministre de la Coopération, il avait inlassablement tenté dapaiser les haines entre les Tutsis et les Hutus burundais, signant avec le Président Sylvestre Ntibantunganya et le Premier Ministre Nduwayo un traité de paix entre les deux clans. Outre les représentants de lONU, assistaient à cette cérémonie M. Ahmedou Ould-Abdallah et la quasi totalité des ambassadeurs accrédités à Bujumbura.
Il a rapporté quil avait eu de très nombreuses conversations à propos des questions africaines avec le Président François Mitterrand à lhôpital Cochin, en juillet 1994, lorsquil avait été hospitalisé dans son service, mais aussi à lElysée, lorsquil était Ministre de la Coopération. Il a relevé également quil sétait entretenu avec de nombreux chefs dEtat africains, aussi bien pendant les événements tragiques du Rwanda quaprès.
M. Bernard Debré a insisté sur le fait que le génocide de 1994 ne pouvait pas être analysé de façon isolée et quil devait être réintroduit dans lhistoire du Rwanda et des Grands Lacs. En effet, cette période davril 1994 à fin août 1994, qui va du début du génocide à la fin de lopération Turquoise, nest malheureusement quun moment sanglant de lhistoire de la région. Lisoler de son contexte constitue un piège que beaucoup ont contribué à forger.
Les Hutus et les Tutsis existent depuis des siècles. Le nier serait une faute et une injure faite à lhistoire. Les Tutsis ont toujours été minoritaires, avec 15 % de la population, et les Hutus majoritaires. Le Mwami tutsi (le roi), a régné sur cette région pendant des siècles, organisant son royaume, regroupant les autres chefferies tutsies, élaborant des règles sociales extrêmement sophistiquées entre les Tutsis eux-mêmes et entre les Tutsis et les Hutus. Sil a pu exister des chefferies hutues, elles ont été peu nombreuses et toujours faibles. Elles ont disparu au XIXème siècle. Lorsque les Allemands, puis les Belges, se sont installés dans cette région, ils ont commencé à reconnaître le roi et les structures sociales de la région. Ce nest que dans les années 1950 que les Belges ont inversé leur alliance en devenant les alliés des Hutus majoritaires.
M. Bernard Debré a analysé les raisons de cette volte-face.
La première raison tient à la définition occidentale de la démocratie, qui repose sur le principe du gouvernement par une majorité issue dun vote organisé selon la règle un homme, une voix. La majorité étant hutue, cétait à eux de diriger le pays. M. Bernard Debré a émis lidée que cet idéal universel de la démocratie nest applicable que si les notions dethnie ou de clan ont disparu au profit de lidée de nation. Sans cela, la démocratie ne se résume quà la dictature de lethnie majoritaire. Cest cette situation qui, selon lui, sest produite au Rwanda, dès larrivée au pouvoir des Hutus, en 1959, alors même que le pays était encore sous mandat belge.
La seconde raison tient, selon M. Bernard Debré, à lattitude des Tutsis. En voyant arriver lindépendance, ils ont voulu prendre les devants, précisément pour éviter lapplication de cette notion démocratique quils refusaient, car elle les condamnait. Ils ont alors demandé aux Belges de partir. Les Belges ont refusé, dautant que les Hutus ne demandaient pas lindépendance immédiate : ils auraient voulu obtenir une période dadaptation à lindépendance, sous légide des Belges. En réalité, les Hutus craignaient de se retrouver seuls face à leurs anciens maîtres tutsis.
M. Bernard Debré a ensuite mis laccent sur quelques grandes dates de lhistoire du Rwanda.
1959 : les Hutus installés au pouvoir par les Belges ont commencé un génocide anti-tutsi. A cette époque, le Rwanda nétait pas indépendant. Au lieu de rétablir lordre et de punir les assassins, les Belges ont accéléré lindépendance et sont partis le plus vite possible.
1962 : lindépendance est proclamée. Le génocide sest poursuivi tout au long de la première république rwandaise.
1964 : dans lindifférence mondiale, radio Vatican a dénoncé « le plus grand génocide depuis la dernière guerre ». Les Tutsis ont continué à senfuir dans les pays voisins, formant une diaspora qui, comme en Ouganda, sinstalle, sanglicise et participe à la vie politique et militaire du pays daccueil.
1959, 1962, 1964, 1973, 1990, 1994 M. Bernard Debré a déclaré navoir cité que les dates sanglantes qui marquent le plus fortement lhistoire dramatique quont vécue les Tutsis rwandais. Leur assassinat fut souvent programmé et planifié, même avant 1990. A chaque fois, les réfugiés sont venus gonfler les rangs de la diaspora, à chaque fois les Tutsis ont compris quils ne pourraient revenir chez eux et sy maintenir que par la force des armes.
M. Bernard Debré a considéré que le début de la reconquête du Rwanda par les Tutsis commençait vraiment en octobre 1990. Elle fut le fait des Tutsis et des Ougandais, même si cette distinction est parfois difficile à effectuer. Les chefs de guerre tutsis avaient tous exercé des pouvoirs politiques et militaires dans le gouvernement ou larmée ougandaise. Fred Rwigyema a été ministre des Armées du gouvernement ougandais. Cest lui qui a commandé larmée tutsie, lAPR, bras armé du FPR. Paul Kagame, qui lui a succédé à sa mort, était chef des services secrets de lOuganda. Larmée du FPR était composée en partie par des éléments de larmée régulière ougandaise.
Les Tutsis ont repris le pouvoir au Rwanda, dans le sang, leur propre sang, car les Hutus ont commis un nouveau génocide, mais aussi dans le sang des Hutus, car une fois installés au pouvoir, ce sont les Hutus qui ont été et sont encore massacrés. Depuis le mois davril 1994, plus de 600.000 Tutsis les évaluations varient et personne ne peut malheureusement connaître le nombre de morts- et plus de 300.000 Hutus ont été tués. Les massacres continuent encore au Kivu voisin.
M. Bernard Debré a souhaité rapporter les termes dune discussion quil avait eue, à la fin du mois de janvier 1994, avec le président Habyarimana et des éléments du FPR qui étaient installés à Kigali à la suite des accords dArusha. Le président rwandais a tenu le raisonnement suivant : « Il faut maider à calmer les Hutus et les Tutsis extrémistes pour que je puisse attendre les élections générales qui auront lieu dans deux ans. Je les gagnerai sans difficulté puisque les Hutus représentent 80 % des votants ». Le discours des représentants du FPR était, quant à lui, inverse : « Nous ne pouvons pas attendre les élections, nous allons les perdre ; nous prendrons le pouvoir avant, dans le sang sil le faut ».
M. Bernard Debré a souligné quil existait des Hutus et des Tutsis modérés, même si. une règle incontournable veut que, durant les périodes de tension durables, seuls les extrémistes arrivent à se maintenir au pouvoir. Il serait injuste daccuser du crime de génocide tous les Hutus, car les Hutus modérés ont été également la cible des extrémistes durant les massacres. M. Bernard Debré a jugé regrettable que cette facilité sémantique soit souvent utilisée pour excuser ou expliquer lattitude des forces tutsies qui « nettoient » actuellement le Kivu.
Il a affirmé quil serait absurde de refuser de voir lantagonisme tutsi-hutu et de nier quil demeure lélément fondamental des guerres actuelles.
Il sest ensuite interrogé sur la politique de la France vis-à-vis du Rwanda, sur le rôle de François Mitterrand, et sur létendue de laide accordée par la France aux Hutus.
M. Bernard Debré a affirmé que le président François Mitterrand avait une véritable politique africaine. Il connaissait ce continent, ses dirigeants. Il voulait que la France y ait une influence politique, militaire, économique et culturelle. Cette vision était sous-tendue par deux attitudes, parfois ambiguës : tout dabord, un très grand pragmatisme, dû à la connaissance des hommes et du terrain, mais parfois aussi, un dogmatisme qui a pu, selon M. Bernard Debré, se révéler dangereux. Cest ainsi que le président a voulu imposer partout notre idéal occidental, universel peut-être, de la démocratie issue du vote selon la procédure « Un homme, une voix ». Selon sa conception, idéalisée, au Rwanda, les Hutus devaient nécessairement être au pouvoir parce quils étaient la majorité.
Le danger au Rwanda, a estimé M. Bernard Debré, cest que la démocratie ne cohabite pas bien avec le vote ethnique et cest un euphémisme. La démocratie fondée sur des élections selon la règle « un homme, une voix » ne peut être viable que si la notion de nation transcende la notion dethnie, ce qui nest pas toujours le cas dans certains pays africains. Pour imposer la démocratie selon le principe « Un homme, une voix » certains nient le fait ethnique et sans ethnie on ne voit plus le problème rwandais.
Selon M. Bernard Debré, M. François Mitterrand a soutenu le président hutu Habyarimana, principalement parce que celui-ci représentait la majorité du peuple. Il a ajouté toutefois trois autres explications.
Il a rappelé tout dabord que le président François Mitterrand considérait que seul un Etat structuré, avec un exécutif fort, pouvait éviter un bain de sang. Cet Etat était incarné, aux yeux de François Mitterrand, par Juvénal Habyarimana. Ce dernier disait souvent : « Aidez-moi à me protéger des extrémistes, tant hutus que tutsis ». Vérité ou dissimulation, nul ne le sait, mais cétait son discours.
M. Bernard Debré a ensuite relevé que le président François Mitterrand considérait que les troupes tutsies du FPR étaient en majorité composées dOugandais et quil sagissait en conséquence dune invasion extérieure, un jugement que M. Debré a estimé ne pas être totalement faux.
Enfin, M. Bernard Debré a fait valoir que M. François Mitterrand considérait que les Américains, qui aidaient de façon évidente aussi bien les Ougandais que le FPR, avaient une volonté hégémonique sur la région et peut-être sur lAfrique. M. Debré a jugé que le Président navait pas tort une fois de plus car le rôle des Américains est devenu de plus en plus évident par la suite. Ce sont eux qui ont formé les cadres de larmée ougandaise et de larmée FPR. M. Debré a estimé également vraisemblable quils leur ont fourni des armes.
Cest sur la base de ces arguments, a affirmé M. Debré, que le Président de la République a décidé daider le président Habyarimana et les Hutus : aide militaire, formation sur place des cadres de larmée, fourniture de munitions, mais aussi aide économique et aide politique. Le Président Habyarimana était considéré comme lami de la France, même si à la fin des années 1980, il était plus un dictateur quun démocrate.
M. Bernard Debré a rappelé quen 1990, les armées tutsies ou ougandaises lancent leur grande offensive et que le début de la guerre ne fut pas favorable aux FAR qui ont fait appel à laide française. De 1990 à 1993, la présence militaire française est devenue importante. La France forme et arme les FAR dans le cadre de la coopération militaire entre les deux pays.
M. Bernard Debré a souligné que les Américains faisaient la même chose en Ouganda, mais que la présence physique de larmée était, dans ce pays, plus réduite et plus discrète.
Une fois les accords dArusha signés, la France a allégé sa présence au Rwanda. En 1994, il ne restait que quelques dizaines dhommes de larmée française à Kigali. Voulant savoir si la France avait continué à livrer des armes aux FAR après lattentat contre lavion présidentiel du 6 avril 1994, M. Bernard Debré a indiqué quil avait posé la question à M. François Mitterrand dont la réponse fut très sibylline : « Vous croyez », a-t-il dit, « que le monde sest réveille le 7 avril, au matin, en se disant : Aujourdhui, le génocide commence ? Cette notion de génocide ne sest imposée que plusieurs semaines après le 6 avril 1994 ». M. Bernard Debré a déclaré avoir pris cette réponse, dune grande ambiguïté, comme la possible affirmation que des aides en munitions avaient été poursuivies après le 6 avril 1994 et quil était dautant plus disposé à le croire, quà lépoque, la communauté internationale accusait la France davoir continué à livrer des armes aux FAR. M. Bernard Debré a toutefois précisé que M. Edouard Balladur lui avait affirmé quil avait ordonné, dès 1993, larrêt des fournitures darmes au Rwanda et que des militaires lui avaient confirmé cet arrêt. Pour connaître la vérité, M. Debré sest efforcé de reconstituer le cheminement éventuel de certaines livraisons darmes françaises tout en constatant que lopacité restait grande sur ce sujet et a donné lexemple suivant.
A la fin avril 1994, un officier supérieur hutu des FAR, sous un pseudonyme, aurait acheté des armes à un intermédiaire sud-africain qui serait passé par les Seychelles, puis par la Suisse ou la Belgique. Largent aurait été déposé dans une banque française. Les armes étaient officiellement destinées au Zaïre. Il sagissait de munitions qui, in fine, ont été fournies aux FAR.
Lopacité de ces transactions est grande. Peut-on considérer quil sagit de la France officielle ou de trafiquants français ou européens ? La presse française a accusé la France officielle, sans se poser de questions.
La deuxième question qua soulevée M. Bernard Debré concerne les missiles SAM-16, qui ont abattu lavion du président Habyarimana. Il a déclaré être convaincu que ce sont les troupes FPR de Paul Kagame qui ont tiré sur le Falcon 50 et lont abattu. Il a décrit les faits suivants, dont il a affirmé quon pouvait les vérifier, en lisant soit les télégrammes du Quai dOrsay, soit les notes des Services français, soit même les journaux de lépoque.
A la demande du président ougandais, Yoweri Museveni, le président tanzanien, Ali Hassan Mwinyi a convoqué une conférence sur la situation politique des Grands Lacs. Tous les chefs dEtat de la région y étaient conviés, en particulier, MM. Mobutu Sese Seko du Zaïre, Cyprien Ntaryamira du Burundi, Juvénal Habyarimana du Rwanda. Mobutu sest décommandé à la dernière minute, comme dautres chefs dEtat, Daniel Arap Moi du Kenya, Frederik Chiluba de Zambie. Mais le FPR était représenté et Museveni était là.
Ntaryamira et Habyarimana sont venus chacun avec leur avion personnel: deux Falcon 50, sécurisés par les Français. Le 6 avril, dans la journée, la conférence ne débouchant sur rien, les deux présidents rwandais et burundais sapprêtaient à rentrer dans leur pays respectif. Le président Museveni a alors convaincu le président burundais Ntaryamira de prendre lavion rwandais avec le Président Habyarimana pour rejoindre Kigali.
Pourquoi le président Ntaryamira du Burundi laisse-t-il son avion et monte-t-il dans celui de Habyarimana pour se rendre à Kigali ? Lexplication est la suivante : Museveni leur demande de se tenir prêts à Kigali pour venir le lendemain, 7 avril, à Kampala, où il organisera une réunion à trois, Museveni assurant alors quil allait faire un pas vers la paix. Les présidents rwandais et burundais acceptent. Museveni - dune façon tout à fait anormale selon tous les participants à la conférence de Dar-es-Salam- retient encore le président du Burundi et cest à la tombée de la nuit que lavion quitte enfin Dar-es-Salam. Il doit atterrir à Kigali mais, depuis quelques jours, le circuit quil doit emprunter pour se présenter dans laxe de la piste a été inversé, à la demande du FPR. Les missiles sont tirés ; lavion sécrase ; les deux présidents meurent.
Juste après, à Dar-es-Salam, en public, le représentant du FPR, Théogène Rudasingwa, déclare : « Il sagit dune bénédiction déguisée ». Yoweri Museveni dit : « Il était temps den finir » devant le public de journalistes. Larmée du FPR, qui est déjà en train de faire mouvement depuis le matin du 6 avril vers Kigali, annonce triomphalement, comme cela a déjà été évoqué devant la Mission : « Les trois tyrans sont morts ». Vraisemblablement, Paul Kagame ou Yoweri Museveni avait oublié de prévenir que Mobutu sétait décommandé, car il aurait dû être présent dans lavion abattu.
Les communications de larmée FPR étant écoutées, il est prouvé que lordre de marche de larmée tutsie a été donné dès le 6 avril au matin. Larmée du FPR fait donc mouvement vers Kigali avant même lattentat. Une course de vitesse est engagée, car il était clair que les premières victimes seraient les Tutsis restés au Rwanda. Enfin, larmée française avait prévenu, depuis plusieurs mois, que le FPR possédait et utilisait des missiles SAM-16. Cela a été précisé également devant la Mission.
M. Bernard Debré a jugé que ces faits sont suffisamment puissants pour forger sa certitude selon laquelle cest bien le FPR qui a tiré les missiles sur le Falcon 50 rwandais, entraînant la mort des présidents rwandais et burundais. Cet attentat a été planifié et organisé, selon lui, avec la complicité du président ougandais, Yoweri Museveni, et aurait dû également tuer le président Mobutu.
Dès lors, il est possible de sinterroger sur qui a fourni les missiles.
Les missiles tirés sont des SAM-16 russes, version modifiée des SAM-7. Ils ont été récupérés sur le théâtre dopérations durant la guerre du Golfe. M. Bernard Debré sest déclaré certain quil ne sagit pas de missiles récupérés par la France, car à lépoque où il était ministre, il a demandé si on pouvait connaître leur origine. Il lui fut répondu que, bien que les numéros des châssis et des empennages soient incomplets, une origine américaine était plus que vraisemblable. Un article récent dans « Le Point » a confirmé cette hypothèse.
M. Bernard Debré sest demandé pourquoi certains accusent la France de cet attentat. Un universitaire belge, partisan de cette thèse, a précisé que les numéros reproduits lui ont été confiés par la CIA. Un informateur, militaire français, qui a demandé à garder lanonymat, a confirmé cette information qui demeure, aux yeux de M. Debré, sujette à caution. Il nest pas un instant crédible que la France ait pu armer le FPR pour commettre un attentat contre deux présidents quelle soutenait et alors même que lavion était piloté par deux anciens militaires français. En revanche, une manipulation de la CIA est loin dêtre exclue. M. Bernard Debré a rappelé que cest larmée américaine qui a formé les cadres de larmée ougandaise et du FPR. Quand Fred Rwigyema a été tué au combat en 1990, lors de loffensive ougando-FPR, son remplaçant, Paul Kagame, était en formation aux USA. Il a été rappelé durgence. Des bases militaires américaines existent actuellement en Ouganda. Lune delles a comme nom Camp Genesis. Les militaires américains forment les cadres de larmée ougandaise pour lutter contre les extrémistes soudanais. En particulier, ils forment le 3ème bataillon de larmée ougandaise. Il est maintenant reconnu que des militaires américains ont aidé larmée de Kabila à conquérir le Kivu, puis la totalité du Zaïre.
M. Bernard Debré a rappelé que lopération militaro-humanitaire, décidée par lONU au Kivu, a été torpillée par les Etats-Unis qui nen voulaient à aucun prix. Daprès les révélations de la presse américaine, le sang de dizaines de milliers de Hutus massacrés dans les forêts zaïroises pourrait bien finir par éclabousser certains gradés du Pentagone.
Les missiles SAM-16 utilisés par le FPR depuis quelques mois avant lattentat, sont donc sans doute dorigine américaine. En effet, larmée ougandaise na pas participé à la guerre du Golfe. Elle na pu se procurer ces missiles sur le théâtre des opérations.
Par ailleurs, cette armée disposait déjà de missiles SAM-16 quelle avait précédemment utilisés contre les FAR. Ce sont des engins quon ne trouve pas dans nimporte quelle boutique darmement. Si tout prouve que cest bien le FPR qui a tiré ces missiles, il est de même vraisemblable quils ont été fournis par les Etats-Unis.
M. Bernard Debré a rappelé que, lorsquil a négocié la paix entre les Hutus et les Tutsis au Burundi, tous les ambassadeurs étaient présents, à lexception de celui des Etats-Unis, volontairement absent. M. Debré a déclaré quil lavait traité, à lépoque, de « va-t-en guerre », ce qui navait pas été du goût du Département dEtat.
La question suivante, posée par M. Bernard Debré, concerne le rôle de lONU. Pour M. Debré, il ne fait pas de doute que lONU savait que des massacres se préparaient : elle na pour autant rien fait. Au moment où le génocide a commencé, lONU est partie, laissant les meurtres se perpétrer. M. Bernard Debré a déclaré avoir pu lui-même constater à Kigali, en janvier 1994, que les troupes de lONU étaient dans un état déplorable. Quelques automitrailleuses blanches entouraient le camp du FPR à lAssemblée nationale, mais les soldats étaient somnolents ou arrogants. Comme le relevaient tous les observateurs, dans les boîtes de nuit, les restaurants, des bagarres éclataient avec ces hommes non commandés. Le général Romeo Dallaire, commandant les troupes de lONU au Rwanda, a adressé à Kofi Annan un télégramme lui décrivant la situation. Il ne fallait pas être devin pour sentir le drame arriver.
M. Bernard Debré a estimé quil aurait été possible dêtre vigilant, voire de renforcer la MINUAR et, en tout état de cause, dalerter lopinion publique, mais rien na été fait. Quand le drame a éclaté, les troupes de lONU ont disparu. Comble de labsurdité, les dix soldats belges, chargés de protéger le Premier ministre rwandais, Agathe Uwilingiyimana, se sont laissés désarmer et tuer sans aucune résistance.
M. Bernard Debré a affirmé que, par sa couardise, lONU a été complice du génocide. Dailleurs, Kofi Annan a été mal reçu par les autorités quand il sest rendu au Rwanda. Que lon ne vienne pas dire que la MINUAR relevait du chapitre VI et non du chapitre VII de la charte : les centaines de milliers de morts nen étaient vraisemblablement pas prévenus.
M. Bernard Debré a ajouté quelques mots sur lopération Turquoise dont il a dénoncé la grande ambiguïté des objectifs. Il a rappelé que le président Mitterrand voulait que cette opération concerne la totalité du Rwanda, en vue darrêter les massacres et de restaurer la démocratie, telle quil la concevait, « après, bien entendu, avoir châtié les coupables ». Cest en tout cas ce que M. François Mitterrand lui a confirmé en juillet 1994, pendant le déroulement de lopération. Mais M. Édouard Balladur sest opposé à ce dessein. Ils ont alors transigé, cohabitation oblige, sur une mission militaro-humanitaire ne portant que sur une partie du territoire rwandais. M. Debré a affirmé tenir cette information de M. Balladur lui-même. Lopération Turquoise a néanmoins permis de sauver des dizaines de milliers de vies, tant tutsies que hutues. Dailleurs, alors quelle avait été critiquée à son début, elle a été regrettée dès quelle a pris fin.
M. Bernard Debré a indiqué quavant dêtre nommé ministre de la Coopération, il était allé sur le terrain, à Kibuye, à Cyangugu et ailleurs et quil avait pu juger le travail effectué par larmée française et dautres armées, sénégalaise par exemple, qui lui était apparu remarquable.
M. Bernard Debré a décrit la situation actuelle des Hutus au Rwanda comme plus qualéatoire. Il a lu à la Mission une lettre quil a reçue le 28 mai 1998 dun de ses amis résidant au Rwanda. Elle annonçait que Geoffroy Gatera, emprisonné, allait certainement être condamné à mort. Geoffroy Gatera est professeur de chirurgie à Butare. Il a le malheur dêtre hutu. Il na pas participé aux crimes, mais il fait partie dune certaine élite hutue qui est actuellement pourchassée.
M. Bernard Debré a estimé que jamais plus les Tutsis naccepteront une démocratie à loccidentale, tant ils sont certains de perdre les élections au profit des Hutus. Au Burundi, le major Pierre Buyoya, tutsi, démocratiquement battu aux élections présidentielles par Melchior Ndadaye, a repris le pouvoir après un coup dEtat. Le Burundi est donc dirigé par un Tutsi minoritaire. Les dirigeants hutus sont considérés comme des "rebelles", alors quils avaient été démocratiquement élus. Lancien président Melchior Ndadaye, Hutu, a été tué dans un attentat organisé par larmée burundaise, constituée à 98 % de Tutsis. Cet attentat a été vraisemblablement organisé par le major Bikomagu, actuellement emprisonné.
Cyprien Ntaryamira, Hutu, président du Burundi est mort dans lattentat du Falcon, Son successeur, Sylvestre Ntibantunganya, Hutu, a été écarté du pouvoir par le major Pierre Buyoya, Tutsi. Au Zaïre, la zone du Kivu dont les habitants sont des Banyamulenge, autre nom pour les Tutsis du Zaïre, est actuellement ratissée par larmée rwandaise. Il nest pas exclu quelle soit un jour annexée par celle-ci à une fédération tutsie.
Pour terminer, M. Bernard Debré a jugé remarquable le comportement de larmée française. Elle na fait quobéir aux ordres des politiques, en particulier ceux de François Mitterrand, chef des Armées. En aucun cas, larmée française na conduit sa propre guerre et na outrepassé les instructions politiques quelle recevait. M. Bernard Debré a tenu à signaler ce fait, soulignant quil était important que les politiques assument leurs responsabilités.
M. Bernard Debré sest déclaré avoir été très frappé, en étudiant lhistoire du Rwanda, par la volonté absolue dy transposer la conception occidentale de la démocratie, quil partage au demeurant, et qui est fondée sur le principe démocratique « un homme, une voix ».
Il a souligné toutefois que cette conception, appliquée au Rwanda dès 1959, a été à lorigine de toute une série de génocides qui ont fait au total plus de deux millions de morts.
M. Bernard Debré a évoqué léventualité dune partition du Rwanda. Il a rappelé quen ex-Yougoslavie, avec la même haine et les mêmes atrocités, il a été convenu de procéder à un partage entre les différentes ethnies et a jugé cette solution peu glorieuse, tant pour les Yougoslaves, que pour les Occidentaux ou lONU. Cette solution, évoquée par Arap Moi, le président du Kenya et certains hommes politiques, ne peut être considérée comme bonne, car ce serait reconnaître limpossibilité de vivre ensemble. Une autre solution aurait été de profiter de la présence de lONU au Rwanda pour essayer de conduire ce pays vers une démocratisation.
M. Bernard Debré a souligné que lon se posait beaucoup de questions sur la démocratisation des petits pays pauvres et faibles et que lon sen posait moins sur les plus grands qui nont pas de démocratie du tout. La question nest pas posée pour la Chine, le Vietnam et le Cambodge, mais principalement pour les pays africains qui sont petits et pauvres et auxquels on aime donner des leçons.
M. Bernard Debré sest déclaré horrifié par les deux millions de morts au Rwanda, mais il a estimé quils sexpliquent en partie par le fait que les Occidentaux ont voulu imposer leur idéal sans précautions. Or, le chemin vers la démocrate prend un peu plus de temps que celui de trois ou quatre paroles lancées dans un discours.
M. Bernard Debré a rappelé que le problème des réfugiés était dune extrême complexité. Il existait des réfugiés rwandais tutsis en Ouganda depuis 1959, des réfugiés hutus burundais au Rwanda, des réfugiés rwandais tutsis au Kivu. Il aurait fallu organiser une grande négociation avec lensemble des pays concernés : le Zaïre, lOuganda, le Rwanda, le Burundi, ainsi que la Tanzanie où étaient présents également de nombreux réfugiés.
Il a toutefois souligné quil navait pas trouvé une grande volonté politique de la part des chefs dEtat africains pour régler cette question, car ils avaient à gérer le quotidien. En réalité, il ny avait pas de vision davenir. Au yeux de M. Bernard Debré, le seul qui semblait en avoir une, critiquable ou pas, était François Mitterrand qui connaissait parfaitement ces régions et avait une vraie politique africaine. M. Bernard Debré a déclaré avoir, à certains moments, partagé les opinions de M. François Mitterrand ; à dautres, les avoir combattues.
Il a estimé quil était très difficile de mener une politique à légard de la question des réfugiés parce quil aurait fallu une réelle volonté daboutir de part et dautre.
Sagissant des missiles, M. Bernard Debré a relaté quil avait, en tant que ministre, demandé à connaître un certain nombre dinformations et quon lui a montré des dépêches du Quai dOrsay, relatives notamment à la conférence de Dar-es-Salam.
Des écoutes téléphoniques du ministère ont prouvé que lordre de marche du FPR avait été lancé dès le matin du 6 avril. Il lui a même été précisé que ces écoutes avaient été décryptées dès le 6 avril, mais quelles navaient été portées à la connaissance des autorités compétentes que le 7 ou le 8 avril. M. Bernard Debré a déclaré que la certitude quil avait nétait que la sienne propre.
Les missiles nont pas pu être tirés par la garde présidentielle, ni par les FAR auxquels larmée française na jamais donné de SAM-16. Le général Quesnot a apporté la preuve devant la Mission que des missiles SAM-16 avaient été utilisés dès 1992-93 par le FPR. Les FAR ne disposaient pas de ces missiles.
A lépoque, personne ne se posait de questions sur la responsabilité de lattentat. La responsabilité du FPR ne faisait pas de doute, il suffit de relire les titres des journaux de cette période.
M. Bernard Cazeneuve a demandé à M. Bernard Debré comment il expliquait que des études plus sérieuses naient pas été menées.
M. Bernard Debré a rappelé quil paraissait alors évident pour tout le monde que le FPR avait tiré ces missiles SAM et quils étaient vraisemblablement dorigine américaine et non pas française.
Il a estimé que cétait à lONU, qui se trouvait alors sur place, de mener une enquête et non à larmée française.
M. Bernard Debré a déclaré que ses services lui avaient même affirmé quil manquait un chiffre au numéro dimmatriculation des missiles, que ceux-ci nétaient pas dorigine française, mais vraisemblablement américaine.
M. Bernard Debré a déclaré quil sétait sans doute fait mal comprendre. Sur toute piste, il y a deux axes dapproche et le FPR avait demandé quun seul axe soit utilisé pour que les avions ne passent pas au-dessus de lAssemblée nationale où ses troupes étaient casernées. On a donc modifié laxe dapproche habituel, simplement parce que le FPR lavait demandé.
Cette modification peut sexpliquer soit par une crainte réelle dêtre bombardé, soit parce quils préparaient déjà lattentat.
M. Bernard Debré a précisé quil navait pas demandé de commission denquête pour une raison relativement simple : le problème de lindemnisation des femmes des pilotes tués devait être réglé dans des délais rapides et la mise sur pied dune commission denquête aurait retardé cette procédure sans rien apporter au fond puisque la responsabilité du FPR semblait une évidence à lépoque.
M. Bernard Debré na pas exclu que cette absence de demande ait constitué une erreur. Mais il a rappelé quil était préoccupé à lépoque par le règlement du conflit entre Hutus et Tutsis du Burundi, auquel il consacrait beaucoup de temps. Il y avait alors une haine épaisse et épouvantable entre eux et il a consenti beaucoup defforts pour faire signer un traité de paix qui na cependant pas donné les résultats escomptés.
M. Bernard Debré a mis en avant le travail de recherche personnelle quil a accompli pour écrire son livre et les questions quil a pu poser à cette occasion.
M. Bernard Debré a rappelé quil avait un langage un peu direct, de chirurgien, et que cela lui avait été longtemps reproché.
Il sest déclaré épouvanté par le génocide. Il a évoqué la mémoire dun de ses infirmiers-anesthésistes tutsis, qui lassistait lorsquil opérait à Abidjan et qui a été tué par les Hutus lorsquil est rentré chez lui. LONU a été mise en accusation. Mais lONU ne représente que la somme des erreurs et des incapacités des Occidentaux et non une entité en elle-même. Il est honteux de se dire, que, là-bas, on a laissé faire cela, mais nul ne songe à expliciter ce « on », si ce nest pour renvoyer la responsabilité sur les autres.
M. Bernard Debré a estimé que lhistoire du génocide est également lhistoire des incapacités, de larrogance, des prétentions, de la volonté des Occidentaux de ne rien faire ou de donner des leçons. Quand il fallait être là, lONU est parti. Son rôle a été lamentable. Quant à la France, elle a soutenu jusquau bout un homme avant de sapercevoir que ce nétait pas ce quil fallait faire. Cest tout cela que M. Bernard Debré a dit avoir voulu dénoncer dans son livre.
M. Bernard Debré a estimé que le drame du Rwanda vient en partie de ce quil nexiste dans ce pays que deux ethnies, si lon met à part les Twas qui ne représentent que 1 % de la population. En Côte dIvoire, par exemple, cohabitent soixante ethnies et cest le cas dans beaucoup de pays africains, ce qui permet de créer une notion de nation.
Au Rwanda et au Burundi, malheureusement, le fait ethnique a primé sur le fait national. Les génocides ont commencé dès 1959 parce que cest à cette époque que le fait ethnique sest imposé et radicalisé.
Grégoire Kayibanda, le premier Président de la République, a contribué à ethniciser la vie politique au Rwanda. Quand Juvénal Habyarimana a pris le pouvoir, il a, au départ, renversé cette tendance. Pendant un certain temps, on lui en a rendu grâce. Mais, très rapidement, du fait de difficultés politiques et économiques, il a fallu trouver un bouc émissaire et il a repris une politique dethnicisation.
M. Bernard Debré a indiqué avoir constaté, avant 1994, que les barrières ethniques avaient commencé à être transcendées au Rwanda du fait de la propagation du SIDA, qui touchait 30 % de la population et qui suscitait un fort courant dhumanisme.
Mais, en janvier 1994, il ne fallait pas être grand clerc pour imaginer quun nouveau génocide se préparait. Les préfets, les bourgmestres, fourbissaient leurs armes. Cest la raison pour laquelle lorsque lattentat a été programmé, Paul Kagame a décidé de faire manuvrer rapidement, dès le 6 avril au matin, larmée du FPR vers Kigali, pour éviter, autant que possible, trop de morts tutsies. On savait quen cas de déstabilisation, provoquée par la mort du président Habyarimana, par exemple, il y aurait un cataclysme anti-tutsi.
M. Bernard Debré a déclaré en vouloir à lONU parce quelle était présente au moment où les assassins agissaient et quelle na rien fait pour les empêcher de commettre leurs crimes sous prétexte quelle intervenait au titre du chapitre VI et non du chapitre VII de la Charte.
Au Burundi, quelque temps auparavant, un major tutsi, Pierre Buyoya, avait décidé de démocratiser son pays et dorganiser des élections présidentielles. Bien quil fût tutsi, cest-à-dire appartenant à une minorité ethnique, il croyait gagner ces élections, car cétait, a souligné M. Bernard Debré, un très bon président. Mais il a été battu par le vote ethnique.
Les drames se sont succédés à partir de lassassinat de Melchior Ndadaye par larmée qui était à 98 % composée de Tutsis et Buyoya a fini par reprendre le pouvoir par la force.
Il faut bien comprendre que les Tutsis ne voulaient pas délections car elles signifiaient pour eux le retour des massacres, alors que le Président Habyarimana y était favorable, car il était certain de les remporter. Les accords dArusha constituaient une solution stupide car ils ne réglaient le problème que temporairement, pour deux, trois ou quatre ans, pendant lesquels on aurait pratiqué la politique de lautruche. Il était certain quune fois que les Hutus auraient remporté les élections, on allait assister à un nouveau génocide contre les Tutsis.
Sur le papier, les accords dArusha étaient satisfaisants, mais dans la réalité ils navaient pas davenir. Mais M. Bernard Debré a reconnu quil navait pas de solution miracle à proposer en échange.
M. Bernard Debré a rappelé la logique de M. François Mitterrand qui considérait quil fallait profiter du mandat de lONU pour sécuriser la totalité du Rwanda, si lon voulait que lintervention française soit vraiment utile. Il a déclaré quil était daccord avec cette logique, à cela près quelle recelait une grande ambiguïté : elle impliquait de revenir à la logique du plus grand nombre et de réinstaller les Hutus au pouvoir.
M. Bernard Debré a insisté sur le fait que M. François Mitterrand considérait quil fallait châtier les coupables, non seulement parce quil y avait eu un génocide, mais aussi parce que sa confiance avait été trahie. Il estimait que le maintien des Hutus au pouvoir était dans la logique démocratique mais quil fallait les aider à démocratiser ce pouvoir. Il avait dès lors le sentiment davoir été trahi par Habyarimana qui avait souvent demandé de laide contre les extrémistes tutsis et hutus. Certains pensent que les Interahamwe sont responsables du génocide, dautres disent quAgathe Habyarimana en était la cheville ouvrière. M. Bernard Debré a considéré que le principal responsable était le Président Habyarimana qui avait fait preuve dune duplicité extrême en demandant une protection extérieure afin de pouvoir organiser des élections quil comptait remporter, tout en préparant le génocide en cas de « coup dur ».
M. Bernard Debré a estimé que lopération Turquoise avait été ambiguë, même si elle avait permis de sauver des milliers de hutus et de tutsis. Pour un humaniste, un chirurgien, toute victoire sur la mort est une grande victoire. Sauver dix, vingt, trente ou quarante mille personnes, cest merveilleux. Mais cette opération a servi également à évacuer toute la famille Habyarimana qui nen méritait peut-être pas tant.
M. Bernard Debré a jugé que la France navait certainement pas été assez ferme. Il était très facile de dire : « jaimerais que... », tout en continuant, malgré tout, à fournir de laide.
M. Bernard Debré a précisé quil nétait pas lui-même favorable à lextension de Turquoise, mais quil y avait eu débat à ce sujet, que cétait dans la logique du président Mitterrand, mais pas dans celle dEdouard Balladur. Lambiguïté a consisté à monter une opération française sur une partie du territoire pour sauver des vies. On peut regretter quelles naient pas été plus nombreuses à être sauvées.
M. Bernard Debré a jugé que les accords dArusha étaient un peu un marché de dupes. Dun côté, il ouvraient une perspective magnifique parce quils constituaient une promesse de cesser les massacres. La guerre civile et le génocide qui se préparaient étaient arrêtés et on pouvait enfin vivre normalement sous la protection de lONU. Mais, de fait, les massacres étaient inscrits dans les suites de ces accords, car personne en réalité nacceptait la condition nécessaire au succès de leur mise en oeuvre qui devait être le recours aux élections selon le principe « un homme, une voix ».
M. Bernard Debré na pas proposé de solution alternative. Peut-être que lONU aurait dû rester un peu plus longtemps, agir un peu plus fermement, dès lors quil y avait un accord des parties pour quelle puisse rester.